Haïti-Politique : Un pouvoir plus que jamais menacé ?

Article : Haïti-Politique : Un pouvoir plus que jamais menacé ?
05/11/2014

Haïti-Politique : Un pouvoir plus que jamais menacé ?

 

 

Pouvoir_Menace Si au début, l’opposition politique haïtienne se montrait timide quant à leur capacité de soulever la population contre les mauvaises gestions et les dérives du pouvoir Martelly-Lamothe, eh bien ! Pendant ces trois derniers mois les choses ont bien changé. Des manifestations contre le pouvoir en place, qui a du mal à répliquer sans usage de la force des moyens étatiques, s’intensifient. L’opposition gagne du terrain et continue de réclamer la démission du président Michel Joseph Martelly.

Gratifié de la passivité de la masse populaire pendant ses deux premières années de gouvernance, le président Martelly n’a pas pu délivrer l’essentiel de ce qu’il a promis à une population qui ne demande qu’un minimum de décence vis-à-vis de sa mauvaise condition de vie. Dans une perspective anesthésique, le gouvernement se contente d’organiser des fêtes dites populaires, d’abuser des méthodes d’intoxication d’information pour mentir sur des réalisations peu évidentes. Entre temps, la misère continue de faire la loi dans le pays et s’affiche de plus en plus rose

La flambée des produits pétroliers occasionnant l’augmentation du prix des produits de première nécessité joignant à la non réalisation des élections, fragilise davantage la situation socio-politique du pays. Au niveau sécuritaire, la servitude aveugle de la police nationale pour le compte du pouvoir devient inquiétante. Pendant ce temps des individus armés rançonnent et tuent, selon leur humeur, des petits commerçants, acheteurs et passants au marché des croix-des-bossales en plein cœur de la capitale. Un scénario mettant en question la notion d’État de droit et le dialogue prôné par le président de la république.

Et voilà maintenant vient le tour de la population de rendre le revers de la médaille. Dans la capitale comme dans certaines villes de province les opposants regagnent les rues pour dénoncer les actes anticonstitutionnels du pouvoir et du même coup exiger la démission du président. Et comme toujours, à chaque fois cela arrive, les manifestants anti Martelly se butent sur des policiers équipés des armes anti-émeute qui n’hésitent pas de passer à l’action au moindre signal des autorités politiques. La situation difficile qu’a connue le sénateur Nord Moise Jean Charles, lors de la manifestation du 17 octobre dernier, en est un témoignage.

Selon un communiqué du RNDDH (Réseau National de Défense des Droits Humains),  22 personnes ont été arrêtées pendant les deux journées de manifestations du 17 et 26 octobre dans les départements de l’Ouest et du Sud. Parmi lesquels figurent les opposants politiques Rony THIMOTHEE et Biron ODIGE. Ces derniers, deux membres de la FOPARC (Force Patriotique Pour le Respect de la Constitution) ont fait les frais de ces genres de comportement anti démocratique des policiers. Leur arrestation s’ajoute à celle des frères Cherestal qui sont  emprisonnés depuis un an.

Cette situation est l’objet de nombreuses critiques de la part du RNDDH qui rappelle que les libertés d’association et de réunion sans armes à des fins pacifiques sont garanties par la constitution en vigueur en ses articles 28 et 31. Ces articles stipulent respectivement que «Tout Haïtien a le droit d’exprimer librement ses opinions, en toute matière par la voie qu’il choisit». Et que, «La Liberté d’association et de réunion sans armes à des fins politiques, économiques, sociales, culturelles ou à toutes autres fins pacifiques, est garantie».

 Ce comportement  anti démocratique suscite également des réactions au niveau du corps législatif  qui ne tarde pas à inviter le Directeur (Godson Orelus) de la PNH (Police Nationale d’Haïti), le vendredi 7 novembre, à venir s’expliquer sur l’utilisation abusif des joujoux (gaz lacrymogènes) par des agents de la PNH à l’encontre des manifestants.

 Ceux et celles qui restent accrochés à l’actualité liée à la politique interne du pays peuvent sentir de près le malaise existant entre le peuple et le gouvernement en place. À bout de leur patience, fatigué du bombardement de sur informations erronées de la part de l’exécutif, exténué par de fausses promesses et excuses abominables, la passivité de la masse populaire semble n’y est plus.

Le chaos politique n’est pas loin. Bientôt cinq ans, Peu de réalisations profitables n’ont vu le jour. Aucune stabilité socio-économique réelle. On ne peut  continuer à dire comme avant que ce pouvoir est fait d’hommes inexpérimentés, le staff actuel compte aussi dans ses rangs, des expérimentés politiques et des experts dans différents domaines. Mais hélas! Comme le dit le dicton français : « Une personne qui sait faire des choses mais qui ne fait rien, n’est pas différent que celui qui ne sait rien faire ».

À entendre les discours controversés des parlementaires et du pouvoir de l’exécutif, la fin de l’année 2014 ne mettra pas un terme à cette crise politique qui perdure. Non plus pour le début de l’année 2015. Malheureusement pour nous il faut qu’on vive toutes ces crises en boucles et sans aucune lueur d’espoir. Pour la POHDH (Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains) le pouvoir exécutif se trouve dans l’impasse de faire preuve de lucidité, de tolérance, de respect des droits du peuple et d’esprit d’ouverture afin d’éviter que le pays ne sombre dans le chaos et l’anarchie.

 

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